A l'heure où j'écris, ses cris désespérés résonnent encore à mes oreilles. A l'heure où j'écris, je distingue exactement cette terrible scène. A l'heure où j'écris, je sens mon corps frémir, défaillir et le sien s'écraser contre le mien. Et chaque fois que je pense à ce jour ; oui, chaque fois, inévitablement, je tremble d'effroi. Mes ongles continuellement rongés pénètrent dans mes vieilles paumes ridées, comme s'ils voulaient anéantir par eux-mêmes ce cauchemar. L'anéantir complètement. Oh ! Si je pouvais tout, tout, tout, tout hacher, arracher, déchirer chaque lambeau de ma vie ! Que j'aimerais ôter à notre Terre tellement assoiffée de sang et de pouvoir une âme qui souffre, jour après jour, l'enfer d'un souvenir implacable. Hélas, je dois survivre pour elle. Il m'arrive bien souvent de penser à saisir avidement une lame de rasoir – la première qui se présenterait – et de la caresser doucement contre ma peau. Ensuite, je l'enfoncerais petit à petit sur mon poignet, en prenant le temps de la frotter de plus en plus énergiquement, tout en éprouvant pour l'ultime fois l'entière culpabilité et l'amertume qui me pèsent depuis si longtemps sur le c½ur. Oh ! Quelle joie d'apaiser mes insupportables souffrances de la sorte.
A d'autres moments, je m'imagine contempler une immense corde dont je ne verrais pas l'extrémité. Elle descendrait des lieux célestes et m'apparaîtrait rayonnante. Je connaîtrais la raison de sa présence et sa venue serait pour moi un signe. Un signe inestimable. Pressé de l'utiliser, j'insèrerais ma tête assaillie de mille douloureuses pensées dans la boucle et celle-ci, au simple contact de mon cou, s'élèverait, sûre d'accomplir sa mission. Je sentirais le cercle se serrer jusqu'au dernier battement de mon c½ur.
Pour mon malheur, tout cela n'est que fantasmes que je ne pourrai assouvir qu'au moment de son départ pour l'autre monde. Je lui avais fait autrefois la promesse de veiller sur elle et je ne devais pas faillir à ma parole. Il était trop digne pour que je le trahisse ainsi, surtout dans ce cas.
Si je pouvais tout raconter à quelqu'un, comme si je vivais mon passé au temps présent, ne serait-ce qu'à la première personne que je croiserais, j'arriverais probablement à VIVRE ! Mais qui ? Qui s'intéresserait aux paroles d'un pauvre vieillard ? Un enfant ? Il se lasserait. Un adolescent ? Il n'y comprendrait rien. Un jeune ? Il me raillerait. Un adulte ? Il me mépriserait. Et toi ? Que ferais-tu ? Je ne sais pas. Tu fermerais ce manuscrit. Peut-être. Tu ne dirais rien. Ce ne serait pas plus mal. Alors j'en décide ainsi : je te confie ce rôle. Tu vas m'écouter attentivement. Oui, toi. Tu ne réagis toujours pas ? Aucun signe ? Tant mieux. Ça te déplaira sûrement mais je t'en prie, ne montre aucun signe de fatigue ou d'ennui. C'est tellement difficile.
Non. En fait, je ne sais pas si je vais tenter l'expérience. Je n'avais jamais essayé auparavant de peur de souffrir inutilement. Non. Je dois prendre courage. Je ne peux pas me conduire indéfiniment en lâche.
Il faut choisir maintenant. Les longues années d'hésitations doivent s'achever ce soir. Je ne peux plus me permettre d'établir des échéances que je ne cesse de reporter. Je pressens d'avance le découragement mais il faut agir maintenant.
Bon, j'arrête de gagner du temps. Je commence.
A d'autres moments, je m'imagine contempler une immense corde dont je ne verrais pas l'extrémité. Elle descendrait des lieux célestes et m'apparaîtrait rayonnante. Je connaîtrais la raison de sa présence et sa venue serait pour moi un signe. Un signe inestimable. Pressé de l'utiliser, j'insèrerais ma tête assaillie de mille douloureuses pensées dans la boucle et celle-ci, au simple contact de mon cou, s'élèverait, sûre d'accomplir sa mission. Je sentirais le cercle se serrer jusqu'au dernier battement de mon c½ur.
Pour mon malheur, tout cela n'est que fantasmes que je ne pourrai assouvir qu'au moment de son départ pour l'autre monde. Je lui avais fait autrefois la promesse de veiller sur elle et je ne devais pas faillir à ma parole. Il était trop digne pour que je le trahisse ainsi, surtout dans ce cas.
Si je pouvais tout raconter à quelqu'un, comme si je vivais mon passé au temps présent, ne serait-ce qu'à la première personne que je croiserais, j'arriverais probablement à VIVRE ! Mais qui ? Qui s'intéresserait aux paroles d'un pauvre vieillard ? Un enfant ? Il se lasserait. Un adolescent ? Il n'y comprendrait rien. Un jeune ? Il me raillerait. Un adulte ? Il me mépriserait. Et toi ? Que ferais-tu ? Je ne sais pas. Tu fermerais ce manuscrit. Peut-être. Tu ne dirais rien. Ce ne serait pas plus mal. Alors j'en décide ainsi : je te confie ce rôle. Tu vas m'écouter attentivement. Oui, toi. Tu ne réagis toujours pas ? Aucun signe ? Tant mieux. Ça te déplaira sûrement mais je t'en prie, ne montre aucun signe de fatigue ou d'ennui. C'est tellement difficile.
Non. En fait, je ne sais pas si je vais tenter l'expérience. Je n'avais jamais essayé auparavant de peur de souffrir inutilement. Non. Je dois prendre courage. Je ne peux pas me conduire indéfiniment en lâche.
Il faut choisir maintenant. Les longues années d'hésitations doivent s'achever ce soir. Je ne peux plus me permettre d'établir des échéances que je ne cesse de reporter. Je pressens d'avance le découragement mais il faut agir maintenant.
Bon, j'arrête de gagner du temps. Je commence.